• Le commun dans tous ses états

    Après l'imposant ouvrage de Pierre Dardot et Christian Laval - Commun. Essai sur la révolution du 21è sicle -, ce dossier de al revue en ligne SociologieS vient préciser, bousculer, ou encore compléter et illustrer une approche très en vogue dans les milieux alternatifs, autant que des pratiques nombreuses dans les cercles citoyens altermondialistes. Des communs au commun : un nouvel horizon sociologique ? Tel est l'objet de la réflexion proposée ici à travers quelques très bons articles, courts, mais pas toujours accessibles. Nous faisons le choix ici de revenir sur certains d'entre eux.

     

    David Pierre-Marie et Le Dévédec Nicolas. Des communs au commun : un nouvel horizon sociologique ? SociologieS [En ligne], mis en ligne le 19 octobre 2016, consulté le 10 novembre 2016. URL : http://sociologies.revues.org/5652

    Introduction du dossier, cet article est une contribution en soi qui permet de poser le cadre de ce qui nous est commun et de ce qui fait commun. Penser commun, c'est penser humain. Et c'est dans la citation de Corine Pelluchon proposée au fil de l'article que l'idée maîtresse est donnée : " ... nous appartenons à un monde commun composé des oeuvres de nos ancêtres, de l'écosphère dans sa totalité et de la biodiversité. Ce monde commun, qui nous accueille à notre naissance, nous survit et nos actes, même les plus quotidiens, sont aussi à évaluer en fonction de la manière dont nous le préservons et dont nous offrons à nos descendants la possibilité de s'en nourrir et de le nourrir. " La Terre, notre mère Patrie, résonne ici en écho aux propos d'Edgar Morin sur notre destin commun.

    C'est d'ailleurs en matière de droits humains que le dossier démarre avec l'article de Blouin Gabriel et Paquerot Sylvie. Les droits humains comme grammaire de l' "en-commun ". SociologieS [En ligne], mis en ligne le 19 octobre 2016, consulté le 9 novembre 2016. URL : http://sociologies.revues.org/5654

    Dans cet article, les auteurs investissent la question de liberté politique qu'ils situent au coeur des représentations en matière de droit fondamental, donc de droits humains. Paradoxe... cette perception fait appel à la notion de droit humain sans frontière, en tension avec des traductions juridiques soumises à frontières nationales. L'en-commun apporte une réponse, au moins théorique, en se plaçant au niveau d'une pratique dénationalisée pour organiser les choses communes (Europe, ONU ?). Concrètement, cela reste une limite à la souveraineté des pouvoirs en place, donc une pratique accessoire. Les droits humains se fondent dans un ordre politique, celui-ci pouvant placer le curseur plus ou moins haut pou rmaximiser ou pas son pouvoir réel. Pire encore, les auteurs exposent ce paradoxe dans le contexte néolibéral où l'État lui-même a cédé sa souveraineté politique à une puissance économique.

    Les auteurs poursuivent plus loin par une définition de " l'organisation des droits humains ", centre du débat de l'en-commun : " ... l'espace social et politique au travers duquel les différents acteurs des droits humains vont s'organiser et se mobiliser afin de revendiquer une compréhension / matérialisation spécifique de ces droits, dans une logique d'autonomisation de leur contexte d'origine. " Une définition dont l'intérêt est de poser le dépassement du cadre national comme socle de réussite, et qui finalement se rapproche assez clairement de la définition du commun portée par Elinor Ostrom, Pierre Dardot et Christian Laval, ou encore Gaël Giraud. Plus loin, les auteurs glissent sur la notion de nation, au sens exposé par François Dubet encore récemment dans son livre : Ce qui nous unit. Mais c'est une référence à Cornélius Castoriadis qui est mobilisée pour souligner l'aspect symbolique de cet en-commun, au-delà des barrières nationales juridiques. Ce qui fait nation, c'est un imaginaire commun et instituant duquel de nouvelles significations pourraient émerger.

    En conclusion de cet article, la question d'une néo-nation qui cherche ce qu'elle a en-commun est posée ? Le modèle de civilisation composée d'Etats souverains coexistants ne répond plus aux enjeux de l'humanité. C'est le défi de la démocratie pour le(s) siècle(s) à venir !

    En écho, l'article suivant de ce riche dossier vise, lui aussi, sous une autre forme, à détacher la réflexion des communs de celle de nation gouvernée. L'auteur conclut qu'une politique du commun serait plutôt dans l'éloignement vis-à-vis de l'Etat omnipotent. Au final, retenons les trois notions clés décrites dans cette contribution. Les biens communs sont les ressources inappropriables et universelles : l'air, l'eau. Ils constituent le premier étage de la politique du commun, animé plutôt par les mouvements militants et altermondialistes, et admis par tous. Les communs décrits par les experts (science politique notamment) sont quant à eux des biens ou non biens autogouvernés par un communauté d'utilisateurs. La focale se déplace de la chose vers le faire, de la propriété au politique. Dernier étage dans cette continuité, c'est le commun (au singulier) qui se matérialise dans les néo-mouvements citoyens (nuit debout, beni comuni, Occupy Wall Street,...). Le commun n'est alors plus que politique, sans référence à un quelconque bine ou non bien : c'est une pratique démocratique de délibération co-obligeante.

    Pour aller plus loin et découvrir les cas pratiques italiens et espagnols, rendez-vous sur l'article : Sauvêtre Pierre. Quelle politique du commun ? Les cas de l'Italie et de l'Espagne. SociologieS [En ligne], mis en ligne le 19 octobre 2016, consulté le 9 novembre 2016. URL : http://sociologies.revues.org/5674

    Dans Laval Christian. " Commun " et " communauté " : un essai de clarification sociologique. SociologieS [En ligne], mis en ligne le 19 octobre 2016, consulté le 9 novembre 2016. URL : http://sociologies.revues.org/5677, l'opportunité de mettre les choses au clair nous est offerte. Ce troisième article (et dernier de ceux que nous regarderons), constitutif du dossier exposé, fait la part belle à la notion de société contre celle plus contestée (surtout actuellement) de communauté. Faisant référence à Emile Durkheim, et plus loin à Pierre-Joseph Proudhon, l'auteur attribue le fondement de la communauté à l'identité commune, similaire... et peu importe les interactions ; alors que la société, elle, se fonde dans l'agir (en inter relations) des personnes, dans une co-production. Evidemment, à l'époque du fondamentalisme radical, cette réflexion semble aller de soi. Mais, ici encore, les travaux de François Dubet autour d'un imaginaire commun, d'une culture commune, laissent à penser qu'une part de choses en commun (ce qui nous unit, identité ou pas...) participe quand même à faire société. Quoiqu'il en soit, Christian Laval s'inscrit dans la même perspective que les auteurs précédents en soulignant que la véritable innovation réside dans l'autonomie des modes de coordination sociale pour la production des normes de son propre fonctionnement. Et il va plus loin, en évoquant le fédéralisme dans les réponses appropriées. Le système bureaucratique, autant que le système capitaliste, sont défaillants parce que assis sur la domination. Un fédéralisme du commun permettrait de dépasser cette barrière à la vraie démocratie.


    Fiche de lecture proposée par G. Drillon le 27.01.2017

     

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