• FLAHAULT François. Où est passé le bien commun ?

    FLAHAULT François. Où est passé le bien commun ?FLAHAULT François. Où est passé le bien commun ? Éditions des Milles et une nuits, février 2011 | .../... Nous pointons ici l’opportunité d’un ré-engagement dans ce qui fait de nous des individualités d’une même humanité : le(s) commun(s)… sans renier les droits de l’homme, loin s’en faut. Il s’agit de dépasser le seul volet juridique pour réinvestir le champ politique. Vouloir protéger les droits de l’homme ne peut se départir de vouloir protéger le(s) commun(s) ! Re-débat... .../... Reste que la voie pour réunir droits de l’homme et commun de l’humanité, dans un même mouvement d’action et de défense, paraît compromise tant les influences sont fortes pour séparer et délier les individualités... à dessein d’une plus grande maîtrise du pouvoir. L’ouvrage a ce mérite d’enrichir les droits de l’homme d’un nouvel axe fondamentale. Il est de notre responsabilité à nous, tous, de rebondir à ce sujet.

    FLAHAULT François. Où est passé le bien commun ? Éditions des Milles et une nuits, février 2011 |

    Fiche de lecture proposée par Gaël Drillon.

    Ouvrage court et efficace, pour élargir le sujet des droits de l’homme au(x) bien(s) commun(s). François FLAHAULT nous offre ici une contribution d’importance. Et ce n’est pas sans lien avec l’ambition d’une Sécurité Sociale Universelle.

    Le propos est simple : les droits de l’homme participent à la négation du bien commun, alors que celui-ci est au cœur de l’état d’humanité. Il y a ici, donc, un paradoxe majeur qui nuit à l’innovation et la qualité démocratique.

    Si les droits de l’homme transpirent de toutes les cultures et croyances, dans le respect de la règle d’or : « Ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse à toi-même. », ces mêmes droits de l’homme traduisent concrètement une vision du monde très orientée. Le cadre juridique permet un recours, sur la base d’un préjudice porté à un individu ; ainsi les droits de l’homme, sous prétexte de protéger la liberté individuelle et la dignité individuelle, ne favorisent-ils pas la recherche d’un intérêt particulier ? Débat...

    Or, ce qui nous définit par nature, c’est notre humanité au sens de position et rôle dans un corps social. Ce sont les rapports sociaux qui nous font humains, et qui nous conduisent à accepter et édicter des règles de droits en faveur de la protection de la règle d’or. Les institutions tiers, qui arbitrent les tensions dans ces rapports sociaux, font partie intégrante de ce commun d'humanité.

    Protéger les droits de l’homme, ambition et objectif que nous ne contestons pas bien au contraire, ce n’est pas protéger ce que nous avons d’humain, c’est-à-dire ce qui nous est commun : le bien commun, en tant qu’essence du corps social ; ou les biens communs en tant que facteurs d’harmonie de notre humanité partagée.

    Nous pointons ici l’opportunité d’un ré-engagement dans ce qui fait de nous des individualités d’une même humanité : le(s) commun(s)… sans renier les droits de l’homme, loin s’en faut. Il s’agit de dépasser le seul volet juridique pour réinvestir le champ politique. Vouloir protéger les droits de l’homme ne peut se départir de vouloir protéger le(s) commun(s) ! Re-débat...

    C’est ici que la Sécurité Sociale Universelle entre en résonnance. Elle est explicitement élevée au rang de droit de l’homme et du citoyen dans les différentes conventions internationales. Mais surtout, comme exposé par ailleurs (1), elle revêt une valeur évidente de (bien) commun pour notre humanité. En découle, de fait, son essence universelle dans une acceptation politique, et pas seulement juridique (ou pire, économique).

    Reste que la voie pour réunir droits de l’homme et commun de l’humanité, dans un même mouvement d’action et de défense, paraît compromise tant les influences sont fortes pour séparer et délier les individualités... à dessein d’une plus grande maîtrise du pouvoir. L’ouvrage a ce mérite d’enrichir les droits de l’homme d’un nouvel axe fondamentale. Il est de notre responsabilité à nous, tous, de rebondir à ce sujet.

    Ci-après, quelques extraits choisis de l’ouvrage pour aller plus loin dans la découverte du propos et du débat.

    (1) Gaël Drillon , « À propos de la Sécurité sociale française. La Sécu est-elle toujours un [bien commun] ? », Éthique publique [En ligne], vol. 17, n° 2 | 2015, mis en ligne le 18 avril 2016, consulté le 04 mai 2016. URL : http://ethiquepublique.revues.org/2289

    [EXTRAITS CHOISIS] :

    P12 / L'activité des hommes politiques est largement absorbée par l'administration des affaires publiques, la gestion des conflits entre différents intérêts et le marketing électoral. Cela n'empêche pas que toute politique présuppose, consciemment ou à son insu, une certaine conception de l'être humain et de la société. Celle-ci, trop souvent, est faite d'idées reçues alors qu'elle devrait être réfléchie, discutée, et adoptée en connaissance de cause.

    P14 / En somme, la pensée politique contemporaine ayant adopté comme l'économie une conception individualiste et utilitariste de l'homme et de la société, la notion de bien commun a perdu son sens et s'est pour ainsi dire évaporée.../... Les réalités qui comptent sont celles qui comptent. Les finalités politiques s'expriment également en termes de droits individuels fondamentaux (notion d'intérêt général = addition des intérêts individuels VS bien commun).

    P16 / Plus aucun chercheur, en effet, ne soutiendrait aujourd'hui que des individus humains aient pu préexister à la vie sociale puisque c'est au contraire grâce à des millions d'années de vie sociale que l'homo-sapiens a pu émerger.

    P18 / Il est nécessaire de mettre en évidence ce qui manque aux droits de l'homme pour penser le bien commun (hypothèse du livre). Les droits humains apportent une réponse à la question du recours. Mais ils ne disent pas ce qui est en jeu dans les relations humaines et la vie sociale.

    P38 / Doit-on renoncer à l'idée d'un bien commun politique devant les régimes communistes autoritaires (ex. : Khmers rouges au Cambodge). Non, car ces régimes ont perverti le bien commun en en faisant un instrument idéologique au service du pouvoir.

    P41 / L'idée, le discours de ce qui vaut pour tous, quand ce n'est pas l'économie, c'est les droits humains (donc droits individuels) pour régir les relations humaines... niant totalement l'espace public (le bien commun).

    P49 / Dans le but d'offrir un recours contre les souffrances que les humains s'infligent injustement les uns aux autres, les droits humains s'efforcent de pallier l'insuffisance de forces morales en leur ajoutant une force de nature juridique.../... Nos affiliations sont la base de nos sentiments moraux qui nous conduisent à nous reconnaître nous mêmes dans un autre en tant qu'être de valeur.

    P57 / La règle d'or : " ne pas faire à autrui ce que je n'aimerais pas qu'on me fasse " est dans toutes les religions et cultures.../... confirmant l'essence transculturelle des droits de l'homme.../...

    P61 / ... Mais leur traduction juridique est clairement occidentale.

    P65 / ... notamment du fait de la nécessaire existence d'une institution tiers pour entendre le recours d'un droit bafoué.

    P74 / Tout homme est, par nature, doté de droits. Il adhère au contrat social pour protéger ses droits et de fait fait politique. L'état naturel de l'homme est différent de l'état social.

    P77 / Les droits humains postulent des droits individuels. Ils ne disent rien des relations inter-humaines (le rapport social), ni des rapports économiques, ni des rapports marchands ou politiques. Ce faisant, ils laissent les humains désarmés dans ce qui les relie : le bien commun.

    P85 / La culture indienne (Gandhi) pose que ce n'est pas seulement en revendiquant les droits que la personne soutient la dignité et sa place parmi les autres, mais aussi en reconnaissant sa dette de vie et les devoirs qui en découlent.

    P114 / Avoir sa place parmi les autres et jouir d'un bien être relationnel, tel est pour chacun de nous la première forme de bien. Les biens communs, ce sont tous les biens qui soutiennent la coexistence.

    P114 / Aristote : " La sensation que l'on existe est indissociable du vivre ensemble et des relations d'affection et d'amitié ".

    P118 / L'ambiance qui règne dans un groupe est un bien commun conforme aux communs classiques : libre accès et non-rivalité (ne pas confondre bien commun et collectif)... + un troisième critère : le fait d'être plusieurs ne diminue pas le bien être vécu par chacun, au contraire c'est la condition pour que ce bien être se produise.

    P120 / Pour que les hommes dialoguent, il leur faut une langue commune, un sujet commun, et une affiliation pour que chacun se situe dans l'espace social.

    P122 / Les biens matériels ou immatériels sont le facteur de médiation entre les humains. La culture produit de la médiation en tant que bien immatériel. Sans elle, les relations humaines se dégradent.

    Attention = pauvreté (privation de biens marchands) VS misère (privation de bien commun)

    P124 / La vie sociale est un bien commun qui se maintient grâce à des biens communs culturels et sociaux. Le politique à la charge de veiller sur les autres formes de bien commun.

    P125 / Confucius. Entretiens, Chap. XII, §7 : " Un bon gouvernement a pour tâche de faire régner la confiance. "

    P128 / Avoir le sens du bien commun, c'est accepter sa mort comme prix de la transmission de la vie (lien social temporel entre les générations).

    P128 / L'existence sociale est notre état naturel. Mais tout ce qui permet de la maintenir comme la culture ne se maintient pas spontanément. C'est pourquoi c'est un bien commun.

    P148 / Tant que les choses contribuent à une meilleure coexistence, l'Etat, le politique, n'a pas à s'en mêler si ce n'est les soutenir et consolider. Mais dès qu'elles perturbent la coexistence, le politique doit intervenir. Les choses étant ces biens communs matériels et immatériels qui sont nécessaires à la coexistence.

    P159 / Trois points essentiels sont contraires aux biens communs dans notre société : A - l'écart entre une minorité de super riches et des millions de pauvres précaires / B - une économie libérale qui a placé le politique sous sa domination / C - la croissance perpétuelle qui détruit les ressources et bien commun matériel transformé aveuglément en biens marchands. / D - la sous évaluation de l'mpératif de coexistence pour la vie humaine, laissant libre cours au néo libéralisme synonyme d'individualité.

    P164 / Les droits sociaux sont rendus invisibles par les nombreuses atteintes au droit à la vie, ce qui amenuise la compréhension pourtant centrale de leur importance pour la coexistence, donc pour la vie humaine.

    P185 / Les civilisations modernes et la démocratie ont atténué les prédations violentes en instituant des prédations plus sournoises et invisibles.

    P199 / La solution n'est pas que dans une perspective idéaliste électoraliste. Il faut un mouvement de fond pour imposer une nouvelle philosophie politique, une religion du bien commun.

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