• Financiarisation de la société… pour une nouvelle voie des communs

    A partir de trois réflexions croisées sur la financiarisation du travail, de l’entreprise et de la société, Salvatore MAUGERI propose une lecture intéressante pour envisager une nouvelle voie et agir pour une démocratie où la spiritualité politique (plus simplement la philosophie du quotidien) serait au cœur de nos préoccupations en lieu et place du profit dont nous n’avons même pas les bénéfices.

    Dans cette contribution, je vous livre les grands axes de ce travail, commentés de quelques éléments personnels, qui je l’espère permettront à chacun un accès plus facile à ces travaux, une réflexion personnelle sur ce sujet d’actualité et un débat collectif pour une action commune. Pour en savoir plus :

    Accéder à l’article complet :

    MAUGERI Salvatore. Contribution sur la financiarisation à partir des ouvrages de Pierre-Yves GOMEZ : [Le travail invisible. Enquête sur une disparition], de Gaël GIRAUD : [Illusion financière], et de Pascal CHABOT [Global burn-out].  La nouvelle revue du travail n° 3/2013, mis en ligne le 26 octobre 2013, consulté le 02 mars 2015. URL : http://nrt.revues.org/1175.

    Lire les ouvrages de référence :

    • GOMEZ Pierre-Yves. Le travail invisible. Enquête sur une disparition . François Bourin Éditeur, 2013.
    • GIRAUD Gaël. Illusion financière . Les éditions de l’Atelier / Les Éditions ouvrières, 2013.
    • CHABOT Pascal. Global burn-out . PUF, 2013.

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    Réflexion à partir de la financiarisation de la société… pour une nouvelle voie des communs

    A partir de trois réflexions croisées sur la financiarisation du travail, de l’entreprise et de la société, Salvatore MAUGERI propose une lecture intéressante pour envisager une nouvelle voie et agir pour une démocratie où la spiritualité politique (plus simplement la philosophie du quotidien) serait au cœur de nos préoccupations en lieu et place du profit dont nous n’avons même pas les bénéfices.

    Dans cette contribution, je vous livre les grands axes de ce travail, commentés de quelques éléments personnels, qui je l’espère permettront à chacun un accès plus facile à ces travaux, une réflexion personnelle sur ce sujet d’actualité et un débat collectif pour une action commune. Pour en savoir plus :

    Accéder à l’article complet :

    MAUGERI Salvatore. Contribution sur la financiarisation à partir des ouvrages de Pierre-Yves GOMEZ : [Le travail invisible. Enquête sur une disparition], de Gaël GIRAUD : [Illusion financière], et de Pascal CHABOT [Global burn-out].  La nouvelle revue du travail n° 3/2013, mis en ligne le 26 octobre 2013, consulté le 02 mars 2015. URL : http://nrt.revues.org/1175.

    Lire les ouvrages de référence :

    • GOMEZ Pierre-Yves. Le travail invisible. Enquête sur une disparition . François Bourin Éditeur, 2013.
    • GIRAUD Gaël. Illusion financière . Les éditions de l’Atelier / Les Éditions ouvrières, 2013.
    • CHABOT Pascal. Global burn-out . PUF, 2013.

     

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    Les trois ouvrages analysés par Salvatore MAUGERI touchent aux méfaits de la financiarisation sur le travail, l’entreprise et la société. Une autre particularité rapproche ces ouvrages : ils sont tous trois sous-tendus par des convictions religieuses ou « spiritualistes » pour changer un peu d’une société enfermée dans l’approche économique libérale. Une vraie bouffée d’oxygène philosophique qui nous replace dans notre état d’humanité et nous sort de l’abrutissement dans lequel les grandes puissances financières nous maintiennent.

    Relevons, concernant Pierre-Yves GOMEZ, une proximité auvergnate très intéressante pour le Puy-Dômois que je suis… celui-ci est engagé dans la Chaire alter-gouvernance du Centre de recherche clermontois en gestion et management.

    Passé ce détail géographique, intéressons-nous à la proposition de l’auteur qui indique que le travail est devenu « invisible », au sens où il a disparu de l’horizon des analyses économiques tout autant que des tableaux de bord. Pierre-Yves GOMEZ insiste sur son absence dans la rhétorique actionnariale et managériale. Une erreur évidente car : « le travail humain est la source de la création de la valeur économique  » (p. 10).

    L’hypothèse portée par Pierre-Yves GOMEZ peut apparaître exaspérante ou décourageante. En effet, il fait des travailleurs, gagnés à « l’esprit de rente », les principaux responsables de la négation et de l’exploitation dont ils sont les victimes. Il estime que nous nous sommes laissés abuser par l’idée qu’il nous serait désormais possible de recevoir des revenus sans travailler, sous forme de retraites, de dividendes, de profits ou de loyers : le « droit à la paresse  ». Et de souligner que : « l’esclavage du prolétaire est assuré par la domination de l’épargnant-prolétaire rentier ou futur rentier  » (p. 25).

    Cette hypothèse comporte une part d’erreur du fait de la non prise en compte des spécificités nationales, non cohérentes avec l’universalité du rôle des retraités dans la domination du capitaliste financiarisé. Aucun retraité de Californie ou du Connecticut n’a participé à l’élaboration de la stratégie financière du fonds de pension qui gère son épargne !

    Pour autant, l’attrait de son hypothèse est de révéler que l’industrie financière a pris le contrôle de l’économie, et les professionnels de la finance sont devenus les véritables gouvernants de notre monde. Avec une illustration déjà commentée par Platon en son temps, à propos de l’écart de richesse entre les plus pauvres et les plus riches… Pour Platon, elle ne devait pas dépasser le rapport de 1 à 4 pour garantir les conditions d’une démocratie apaisée (donc possible) ; et aujourd’hui, l’écart entre les dirigeants les mieux payés et leurs salariés les plus modestes est passé de 1 à… 650 (chiffres 2010, p. 78).

    D’ailleurs, le vrai problème est que ce n’est plus de finance qu’il s’agit aujourd’hui, c’est de financiarisation ! Une « idéologie qui inverse le sens donné à l’activité […] L’atteinte du résultat financier est le but que se donne l’organisation, sa raison d’être  » (p. 94). Ainsi, la recherche de valeur pour le seul actionnaire subordonne toute la stratégie de l’entreprise, dans une vision court-termiste négligeant investissements productifs et salaires.

    Effets ou causes, conséquences sans doute aussi, c’est la montée en puissance des strictes normes chiffrées, comptables et comparables (p. 104), que l’on retrouve aussi dans nos politiques publiques avec l’avènement de la performance. Un mal qui provoque la « déréalisation des organisations  » et l’invisibilisation du travail (chapitre 8). « L’algèbre comptable  » est si loin de l’ancrage territorial et pesant du commun, ce qui explique l’insensibilité des décideurs sur le monde « réel  ».

    Cette situation, nous en sommes tous responsables par notre ignorance, par l’attrait qu’exerce sur nous l’esprit de rente, par l’énorme endettement public qu’on a tous plus ou moins voulu, afin de satisfaire notre appétit « d’hyperconsommation ». Pourtant, la responsabilité plus particulière de l’oligarchie financière est actée les propos de Pierre-Yves GOMEZ : « celle qui détient le pouvoir réel et assume la responsabilité de l’économie de rente de masse […] elle connaissait mieux que quiconque le fonctionnement du système, elle pouvait donc agir pour l’amender (sinon qui pouvait le faire ?)  » (p. 137)… Les « grands de ce monde » qui se réunissent à Davos ont aussi ce pouvoir.

    Pierre-Yves GOMEZ prend la précaution d’épargner le travail, en soulignant qu’il conserve ses vertus : « une dimension essentielle de la nature humaine, qui permet aux humains de participer activement à embellir une terre que Dieu leur a confiée pour qu’ils en prennent soin  » (p. 153). C’est pourquoi, combattre l’esprit de rente, c’est d’abord et avant tout revaloriser le travail et rappeler sa fonction vitale pour l’être humain et la société. « Le progrès social consiste donc à créer les conditions d’un travail authentique […] c’est-à-dire libérateur, en lui assurant toujours l’intelligence et la conscience de lui-même  » (p. 165).

    Un tel projet passe par la reconnaissance du travail subjectif (engagement psychique de l’homme dans son activité), par la reconnaissance du travail objectif (juste évaluation des apports de chacun, donc nouveaux indicateurs de utilité sociale), et par la reconnaissance du travail collectif (solidarité qui unit les travailleurs dans l’effort). Cela suppose un management, plus attentif à notre humanité. Mais Pierre-Yves GOMEZ n’invente plus ici… il ne fait que rappeler les leçons de la sociologie du travail et des organisations que nos décideurs ont ignorées (volontairement).

    Pierre-Yves GOMEZ appelle aussi à l’autonomie du travailleur, à la « participation des salariés au gouvernement de l’entreprise  » (p. 230).

    Des recettes un peu décevante malgré une analyse percutante. Car ces solutions semblent dérisoires face aux forces sociales engagées dans la mondialisation financiarisée.

    La contribution de Gaël GIRAUD prend alors toute sa place, en complément de Pierre-Yves GOMEZ. Ce deuxième ouvrage apporte une vision révolutionnaire, et ambitieuse, pour dessiner une nouvelle voie. L’acte politique central de la « grande transformation  », proposée par l’auteur, consiste dans l’institution de la liquidité et du crédit (donc de la monnaie) comme des communs dont on devrait renoncer à faire des marchandises comme les autres.

    En préalable, Gaël GIRAUD laisse entendre que ce ne sont pas seulement les banquiers qui ont fauté par excès de convoitise et d’irresponsabilité, mais aussi chacun des ménages endettés, qui a cru pouvoir accéder à la propriété sans sacrifice… On retrouve ici l’idée de faute collective développée par Pierre-Yves GOMEZ (« Nous sommes tous complices, ne fut-ce qu’à travers notre épargne, dont une part importante a été placée par les banques sur les marchés financiers  », p. 10).

    Gaël GIRAUD propose donc de définir, entre le collectivisme et la propriété privée, une troisième voie : les « communs », où la catégorie de « l’usage », s’opposant à celle de la propriété, permet au plus grand nombre de jouir des bienfaits économiques, sans exclure autrui de cette jouissance, moyennant des règles d’accès définies collectivement dans la perspective de l’intérêt général.

    A propos du sauvetage des banques après la crise de 2008, l’auteur se demande si c’est la « fin de la démocratie  » (p. 50), car les banques demandent aux États des règles prudentielles qu’elles ont elles-mêmes transgressées, et tout cela avec la bénédiction de nos dirigeants nationaux et européens. Les règles du bon sens le plus élémentaire ont été violées par les « génies de la finance  », aidés en cela par les abandons successifs de souveraineté des États et l’abrogation des lois qui, jusque-là, jugulaient les appétits des « faiseurs d’argent  ». Je sais pas pour vous, mais en me projetant dans le futur TAFTA (accord américano-européen pour le libre échnage) qui nous pend au nez, j’ai l’impression de revivre les erreurs du passé !

    Les voies alternatives sont donc autour d’une réflexion sur les communs. Ce terme désigne cette catégorie de biens intermédiaires entre biens privés et biens publics, qui supposent une gestion spécifique. Il ne s’agit ni de biens « exclusifs et rivaux », c’est-à-dire dont le détenteur peut empêcher l’accès à toute autre personne, et dont la consommation individuelle exclut toute consommation par une autre personne ; ni de biens « non exclusifs et non rivaux », autrement dit de biens inappropriables, comme l’air, et dont la consommation peut être étendue à un grand nombre de personne sans coût supplémentaire, comme l’éclairage public. Il s’agit de biens hybrides, dont la caractéristique est d’être à la fois non exclusifs ET rivaux : on peut difficilement en empêcher l’accès au plus grand nombre, mais leur usage par les uns peut en interdire l’appropriation ou l’exploitation par les autres. C’est le cas par exemple des zones de pêche, de pâturages, de système d’irrigation, de l’environnement, de l’eau, des forêts, des surfaces cultivables, de la Sécurité sociale, etc.

    Attention, la réflexion autour des communs n’appelle aucun « naturalisme » ou « réalisme » : les communs n’existent que par une décision politique (et c’est la tout le génie de cette mise en perspective, qui nos rappelle notre rôle autant que notre devoir et notre responsabilité politique) un acte volontariste et collectif d’institutionnalisation : des systèmes de règles régissant des actions collectives, des modes d’existence et d’activité de communautés » (p. 111). Ainsi, les énergies fossiles font, aujourd’hui, l’objet d’un accaparement privé, mais « nous pourrions décider d’en faire des ressources communes  » (p. 110).

    Ainsi, les communs que sont la monnaie ou la terre, l’eau ou les ressources fossiles doivent faire l’objet d’accords de production et d’usage au niveau communautaire, puisque éléments constitutifs de notre vivre ensemble. Le chapitre 9 de l’ouvrage de Gaël GIRAUD précise ces règles qui doivent présider au gouvernement des communs (socialiser la production des règles d’usage des communs ; garantir par la loi ce droit à la gestion collective. Ou comme le propose l’Évangile « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pour eux  » (p. 135)).

    Redonner le pouvoir aux instances politiques issues du vote démocratique et s’atteler à certains « chantiers communs prioritaires  », ici à Beaumont, mais au-delà et en Europe aussi, voilà cette nouvelle voie qui sauvera notre humanité de la financiarisation, du non-sens et de la robotisation à tout va ! (chapitre 10). L’institution d’une monnaie commune mais non unique fait partie de cette ambition. Redonner, juridiquement, l’usage (pour ne pas dire la propriété) de l’entreprise à ses salariés en est une autre, pour reconnnaître « une communauté de parties prenantes liées par un projet  (certes) économique  » (p. 140) : notre humanité quoi, tout simplement et si évidemment !

    Alors que dire du troisième ouvrage de Pascal CHABOT ? En fait, l’auteur apporte des clés pour comprendre pourquoi ces évidences ne nous révoltent pas collectivement, sur la place publique. Tout part d’un constat : « Dans un monde où l’on attend de l’individu qu’il dépense l’argent qu’il n’a pas pour acheter des choses dont il n’a pas besoin afin d’épater des gens qu’il n’aime pas, la boulimie semble partout, le sens nulle part. L’excès de travail des uns répond à la frénésie de consommation des autres, suscitée par la voracité financières des troisièmes  » (p. 62-63).

    C’est le burn-out ! En particulier pour les plus faibles, les plus exposés, les plus vulnérables, et les femmes sont de ceux-là. Le remède se laisse deviner. Hors, c’est bien en écoutant son corps, en cassant la frénésie de l’époque, en restaurant le temps de la réflexion et en se demandant ce qu’on veut vraiment faire de la vie qu’on peut avoir une chance de changer la donne. « Il faut remettre les logiques économiques et techniques à leur place secondaire, afin qu’elles continuent à servir des finalités plus intéressantes, plus métaphysiques et plus tendres  » (p. 18).

    En filigrane, Pascal CHABOT considère que cette expression pourrait n’être qu’une réminiscence sécularisée d’un état décrit par les théologiens, nommé acédie, et qui désigne la situation de crise du moine épuisé par les exercices spirituels. Le citoyen serait-il en perte totale de foi vis-à-vis de l’agir politique (au sens noble, et surtout pas au sens des politiciens).

    Quoiqu’il en soit, le burn-out généralisé à tous, mais confiné dans chacune de nos bulles individuelles gangrène notre époque. L’auteur complète ainsi à merveille un diagnostic déjà effectué par les deux auteurs précédents. Les nouvelles puissances de l’argent nous pressent de nous adapter à un monde qui interdit toute réflexion sur les fins, transforment les travailleurs de la connaissance en tâcherons de l’ignorance, pervertissent la langue en parlant de valeurs là où il ne s’agit que « d’ordres déguisés  », de « contraintes rebaptisées  ».

    Pour enrayer le phénomène et l’épuisement de l’humanisme qu’expriment le burn-out, Pascal CHABOT appelle à un « progrès subtil  » qui « concerne l’individu, son éducation, sa manière de vivre et de se soigner, d’enrayer ses névroses et d’imaginer la joie  » (p. 75). C’est-à-dire affirmer un pacte dont « le but à préserver est l’être humain et la biosphère  » (p. 141), et réinvestir la sphère spirituelle, trop délaissée par la modernité, voilà les conseils modestes du philosophe… et de Salvatore MAUGERI à travers cet article croisant le regard des trois auteurs. Attendre des dispositifs de gestion qu’on leur confie le sens qui doit guider notre action est l’expression d’une paresse intellectuelle ! Dommageable à notre vivre ensemble !

    © Texte préparé sur la base de l’excellent article de Salvatore MAUGERI

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