• Dire Nous ! Nos causes communes.

    Fiche de lecture proposée par Gaël Drillon, le 7 avril 2016, à propos du livre :

    Plenel Edwy. Dire Nous. Contre les peurs et les haines, nos causes communes. Editions Don Quichotte, 2016.

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    Alors que la crise s’est inscrite depuis bien longtemps dans notre civilisation, et surtout depuis 2008, à n’en plus vouloir dire rien de signifiant… Alors que la domination des 1% étouffe l’espérance des 99%, ici et ailleurs, au risque de les asphyxier définitivement… Alors que l’Etat d’urgence verrouille toutes les initiatives et mobilisations autour des urgences communes… il est temps « d’inventer tous ensemble le oui qui nous manque, celui d’un peuple réuni dans sa diversité et sa pluralité autour […] de l’essentiel : la dignité de l’Homme, le souci du Monde, la survie de la Terre. » (p.10). Voilà le propos de cet ouvrage contre les peurs et les haines, pour nos causes communes. Voilà le sens du DIRE NOUS d’Edwy Plenel, qui affirme avec force une évidence si faible : la politique est un bien commun qui doit rassembler dans un nouveau souffle libérateur,.../...

    Alors que la crise s’est inscrite depuis bien longtemps dans notre civilisation, et surtout depuis 2008, à n’en plus vouloir dire rien de signifiant… Alors que la domination des 1% étouffe l’espérance des 99%, ici et ailleurs, au risque de les asphyxier définitivement… Alors que l’Etat d’urgence verrouille toutes les initiatives et mobilisations autour des urgences communes… il est temps « d’inventer tous ensemble le oui qui nous manque, celui d’un peuple réuni dans sa diversité et sa pluralité autour […] de l’essentiel : la dignité de l’Homme, le souci du Monde, la survie de la Terre. » (p.10). Voilà le propos de cet ouvrage contre les peurs et les haines, pour nos causes communes. Voilà le sens du DIRE NOUS d’Edwy Plenel, qui affirme avec force une évidence si faible : la politique est un bien commun qui doit rassembler dans un nouveau souffle libérateur, et surtout pas un système qui peut nous confisquer nos choix constitutifs du devenir de l’humanité (p.15).

    Ce propos est malheureusement encore d’actualité, près de 60 ans après cette première alerte d’Hannah Arendt (Les origines du totalitarisme, 1951) : « Le danger est qu’une civilisation globale [nous les 99%], coordonnée à l’échelle universelle [par les 1%, le pouvoir de l’argent], se mette un jour à produire des barbares nés de son propre sein [pollueurs des écosystèmes, destructeurs des économies sociales et solidaires, combattants des idéologies violentes], à force d’avoir imposé à des millions de gens [re-nous les 99%] des conditions de vie [pollution de l’environnement, alimentation toxique, burn out au travail, précarités diverses et variées, guerres invisibles et combats armés,…] qui, en dépit des apparences [une société dite évoluée, une République dite démocratique], sont les conditions de vie de sauvages. »

    Bien entendu, Edwy Plenel, en homme expérimenté et éclairé (Fondateur et Directeur du journal indépendant Médiapart), étaye son propos tout au long de l’ouvrage selon 4 axes : quelle est notre responsabilité ? Quelle est notre histoire ? Quelle est notre France ? Quelle est notre démocratie ? Et pour conclure, quel est notre commun ?

    1 – Si l’auteur n’appelle pas à la révolution, il n’en appelle pas moins à la radicalité (p.4), c’est-à-dire à la prise en mains des problèmes à la racine pour dégager de vraies idées concrètes d’amélioration. (Ré)inventer, ou retrouver ce langage commun et au-delà cette « République des causes communes faisant droit à toutes les conditions, origines, cultures, croyances et apparences. » (p.41). Telle est notre responsabilité. Car les plus avisés l’ont bien compris, et tous les autres le sentent au plus profond d’eux-mêmes : le compte à rebours a commencé ; une régression inédite de notre démocratie est en marche et personne ne fait rien (p.36).

    2 – L’histoire, par ses horreurs autant que ses miracles, pourrait nous donner une conscience avisée et une sensibilité humaine devant les questions de notre devenir. « […] il nous revient […] De mêler les temporalités, de dérégler les horloges, de laisser surgir un passé inachevé à l’horizon d’un futur improbable. » (p.46). Serions-nous inconscients pour oublier la crise franco-algérienne des années 1954-1965 (p.56), et la responsabilité qui est la notre ? Serions-nous aveugles face aux similitudes entre nos doutes modernes, la montée de l’extrême droite, et l’arrivée du nazisme et des années d’extermination de 1939 à 1945 ? Serions-nous hypocrites pour refuser la réalité du scandale et la honte de Sivens, en 2014, avec la mort de notre jeunesse courageuse, fière et pacifique, incarnée dans la personne de Rémi Fraisse (p.178) ?

    3 – Nos peurs sont certes compréhensibles devant un devenir complexe, multiculturel, mondial, inconnu, différent. Pour autant, elles ne peuvent se transformer en alibi de « servitudes volontaires » (p.73). Edwy Plenel souligne ici que, notamment en France, une minorité au pouvoir exploite cette diversion pour nous détourner d’une gouvernance des communs nécessaire. La surenchère autour des questions identitaires et sécuritaires, de ce qui délie… outre qu’elle aiguise à tort les crispations vers une communauté, elle masque surtout les échecs de nos politiciens et les préservent de rendre des comptes sur tout le reste. L’auteur exprime ainsi le symptôme visible de notre démocratie en perdition, où « […] la souveraineté nationale (n’)appartient (plus) au peuple » (p.79). Cette focalisation identitaire et sécuritaire, ce n’est pas notre France à nous… une France arc-en-ciel dans ses origines, ses genres, ses croyances et ses apparences. C’est le paradoxe d’une vision minoritaire dans sa réalité (son peuple vivant), mais dominante dans sa valeur (ses quelques élus pensant).

    Edwy Plenel porte ici une critique ferme sur le projet de loi relatif à la déchéance de nationalité, une loi indigne de cette France vivante. L’ « Autre », le « différent », est érigé par le politicien, avec cette loi, en étranger menaçant et sujet des peurs et des haines. L’apatride est ainsi nié dans ses droits les plus fondamentaux d’appartenance à l’humanité (p.93) ; il devient agent pathogène. C’est la voie ouverte à un retour aux horreurs de notre passé qui résonnent avec extermination.

    4 - Plus globalement, entre l’état d’urgence, la loi sur la surveillance généralisée, cette déchéance de nationalité, et la soit disant modernisation des conditions de l’élection présidentielle, ou encore la réforme du droit du travail… le risque de spirale infernale s’accentue et nous fait basculer sur cette première marche de l’escalier inévitable qu’est l’abîme d’un retour à un régime totalitaire. Notre inconscience est criante et dangereuse. Edwy Plenel conclue cette partie par l’appel à cette France : « Face à la crise anxiogène qui mine de doute et d’effroi notre pays […] face à l’oligarchie qui veut un peuple occupé à mener bataille contre lui-même, l’urgence démocratique est de retrouver enfin ce qui nous rassemble : notre commun. » (p.141). En d’autres termes, le défi qui s’impose à nous pour inventer une nouvelle démocratie est celui de l’acceptation des minorités, des divergences, et des pluralités… de même que la compréhension de notre responsabilité partagée.

    Notons à ce propos un exemple d’absurdité mis en lumière par l’auteur. Alors que l’Europe est présentée couramment (et encore plus depuis les épisodes GreXit et BreXit) comme un projet unificateur, le traité de Lisbonne de 2009 interdit explicitement et juridiquement aux pays de la zone Euro de venir en aide (en matière d’économie) à un État membre (p.157) ! Edwy Plenel ne peut que proposer une autre vision séduisante : une « Europe-archipel, tissée de nations en relation, indissociablement liées les unes aux autres par l’histoire, la culture ou l’économie, mais respectueuse de leurs dissonances et discordances. » (p.156).

    5 – En synthèse, c’est le trop plein de déséquilibres, d’inégalités, d’injustices, qui crée cette confusion et génère un conflit sans commune mesure au sein de l’humanité, contre elle-même (p.146). N’ayant plus rien en commun, l’humanité peine à (re)trouver ses causes communes. Hors l’urgence est là : notre civilisation n’est pas éternelle et nous ne pouvons plus nous permettre de laisser faire un projet mondial qui nous conduit à l’extinction. Nous devons nous rallier à nos causes communes, à une gouvernance des communs où « […] la politique (et pas les politiciens) retrouve un idéal vécu de liberté, d’égalité et de fraternité (et de responsabilité) » (p.185).

    Voilà rapidement dressé un parcours (le mien) dans ce « Dire Nous » stimulant d’Edwy Plenel, après le fondateur « Indignez-vous ! » de Stéphane Hessel, et le riche « La voie. Pour l’avenir de l’humanité » d’Edgar Morin. Trois ouvrages qui font sens et résonnent avec ce passage des « Misérables » de Victor Hugo : « Tenter, braver, persister, persévérer, être fidèle à soi-même, prendre corps à corps le destin, étonner la catastrophe par le peu de peur qu’elle nous fait, tantôt affronter la puissance injuste, tantôt insulter la victoire ivre, tenir bon, tenir tête ; voilà l’exemple dont les peuples ont besoin, et la lumière qui les électrise. » (p.173).

    (by) Gaël Drillon – www.gdrillon.id.st

     

     

     

     

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